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Courbet revisite « A nous deux » créée il y a 20 ans

Julien Courbet a lancé un concept d’émission « une équipe de journalistes et d’avocats vont aller défendre le Français moyen » empégué dans les dédales des soucis quotidiens, des problèmes administratifs, des conflits de voisinage.

Eh bien laissez-moi vous dire que ce concept a plus de 20 ans, et vous parler un peu du passé. Les media n’ont pas de mémoire. Moi si.

C’était au milieu des années 80. Embarquée à la télévision publique depuis 75 par un patron du privé, j’ai occupé, à titre d’assistant de production, des postes toujours en rapport avec des journalistes : je devais les assister. C’était mon job : préparer leur travail, le leur faciliter, leur ouvrir le chemin, le déblayer… Me vient tout à coup l’image de l’épreuve du curling au J.O. au cours de laquelle des balayeurs lissent bien en amont l’itinéraire de cette grosse boule passive lancée sur la glace par un des lanceurs de l’équipe. Eh bien, voilà… mon job, c’était le balaiement de l’itinéraire de la boule passive (le ou les journalistes) lancée par le rédacteur en chef.

De balayeuse isolée (plutôt inoccupée) d’une actuelle compagne de ministre -poste où je m’ennuyais ferme car la dame avait juste besoin d’une assistante pour faire chef, la secrétaire ayant totalement circonvenu la « dame »- je suis passée à une équipe balayant furieusement devant une autre équipe. L’émission était produite par le directeur de l’Information, Pierre Lescure et son adjoint, Michel Thoulouze. Ils s’étaient aperçu que je m’ennuyais et avaient eu l’idée de me proposer de renforcer la petite équipe déjà en place. L’émission s’appelait « A Nous Deux » et était présentée par un groupe de journalistes, dont l’animateur-clé était ex-présentateur en disgrâce (à l’époque), qui a ensuite quitté la chaîne pour devenir dès la privatisation de TF1, la star de la grand-messe du soir. Les autres journalistes étaient d’anciens collaborateurs de Jacques Martin pour un, des pigistes rescapés de la rédaction ou d’une émission de production pour d’autres, une ancienne présentatrice de la 3… et d’illustres inconnus retombés depuis dans l’anonymat. La petite équipe était managée au début par un rédacteur en chef venu de la presse écrite, puis s’est managée toute seule sans aucun problème.

A Nous Deux devait donc prendre la défense « du pot de terre contre le pot de fer ». C’était un principe très simple. Le terreau des sujets, ce qui allait alimenter l’émission pendant les 4 ans où elle a existé, c’était le courrier des télespectateurs. L’équipe de production (les balayeurs donc) dont je faisais partie était composée d’un journaliste chef d’édition, d’un assistant (moi), et d’une secrétaire. L’ambiance chez les balayeurs était très bonne en raison de l’absence des diverses « boules de curling » qui soit tournaient leur sujet, soit vaquaient à leurs occupations extérieures. En revanche, côté de ceux qui étaient filmés de près (les boules donc), ceux qui montraient leur tronche à la télé, c’était nettement plus aléatoire sur le plan relationnel. Tous les jours, l’équipe de soutiers préparaient l’intégralité de l’émission : sélection des cas à partir du courrier, débroussaillage avec le ou les intervenants et recherche de solution, distribution des cas aux journalistes/présentateurs, aux réalisateurs, résolution de cas non filmés et traités en « brèves », rédaction de ces brèves, secrétariat du présentateur-vedette (avec coups de téléphones de fans rapidement « sautées » dans un couloir de la maison de la radio, pour se rappeler au bon souvenir de leur héros… qui n’en avait cure), textes de liaison lus au prompteur par la même équipe de « présentateurs », distribution des répliques de façon équitable (sinon c’était le drame à la répétition : un tel chougnait parce qu’il avait toujours les répliques idotes, au que l’autre avait plus de texte que lui !). Les journalistes ou les réalisateurs tournaient, eux, quelques sujets, les montaient et les commentaient. La star, elle, ne faisait qu’agrémenter les répétitions et les enregistrements « par sa présence ».

Au final, l’émission a fait un réel tabac. L’humour et le ton léger qui étaient en filigrane, mais aussi la capacité de traiter de cas grave nous ont attiré des montagnes de courrier, lequel alimentait encore mieux les rubriques. Elle était diffusée le samedi en milieu de journée, créneau peu populaire à l’époque.

Le courrier était lu et sélectionné par l’équipe de soutiers-balayeurs donc… et croyez-moi, c’était un sacré terreau ! On trouvait de tout : des gens touchés par un attentat alors qu’ils mangeaient dans un restaurant, qui n’avaient toujours pas de « statut » aux pauvres gens qui avaient acheté une maison insalubre, en passant par la dame persuadée que ses voisins détournaient son électricité, ou celle qui accusait son chirurgien esthétique d’avoir placé un émetteur dans son nez au cours de l’opération et qui demandait à être ré-opérée parce qu’elle en avait marre d’être poursuivie par des extra-terrestres. Quelques histoires étaient pathétiques, d’autres croustillantes, d’autres terriblement classiques, et en majorité tout à fait banales et inintéressantes.  Une plongée dans la France post-81. Nous étions deux à le lire et à faire une première sélection…  voir ce qui pouvait se résoudre, ce qui méritait un tournage, ce qui valait une brève. Le succès en audience de cette émission a été tel qu’on nous a adjoint deux autres personnes dans l’équipe des « balayeurs »… les boules restant toujours les mêmes et devenant petit à petit des boulets quelquefois difficiles à traîner.

Nous avons eu de grands moments avant, pendant et après les enregistrements par exemple. Lorsque nous avons atteint notre « vitesse de croisière », nous enregistrions 4 émissions à la fois en une journée de location de studio aux Buttes Chaumont. Par exemple l’arrivée sur le plateau, avec trois heures de retard, de la « vedette » alors que nous étions une bonne soixantaine de techniciens plateaux/confrères journalistes/intervenants dans l’émission, prompteuse, assistants, chef d’édition, de production, cameramen… à l’attendre. Avec juste un tout petit mot d’excuse (pour ses collègues journalistes) ! A l’époque, il circulait en Vélosolex… ça n’étaient donc pas les embouteillages mais juste une morgue affichée à l’encontre de tous les « balayeurs » que nous étions… tous ces gens transparents sans quoi les stars ne seraient en fait pas grand chose tout compte fait.

Une fois arrivé sur le plateau, il était très « pro » et ne savonnait pas, n’empiétait pas de ses commentaires sur le début du sujet lancé depuis la régie… ça n’était pas le cas des autres ! Bégaiements, lapsus, fou-rires, loupés de lancer de sujet, interruption pour des riens… était le lot de toutes les équipes techniques et de production, à chaque enregistrement.

Un jour où je m’amusais à être au prompteur (j’aimais bien sentir ce « collage au texte des autres » de la part des présentateurs), j’ai entendu une des réflexions les plus bêtes de ma vie. Lorsqu’on est au prompteur, on a la chance (ou la malchance) d’avoir le son du plateau… normal puisqu’on est loin des caméras et qu’on doit faire dérouler le prompteur à l’aide d’un bouton + ou – vite, au fur et à mesure que celui qui parle lit, et s’adapter à sa vitesse. On entend donc tout ce qui se dit pendant l’enregistrement, pendant les pauses…

Ce jour-là, nous traitions d’un étudiant africain qui avait payé un formateur complètement bidon, qui s’était enfui dès que ses élèves avaient commencé à manifester leur désarroi devant ses méthodes. Nous étions en pause à cause d’un petit problème technique… la conversation a donc commencé sur le plateau entre les prsentateurs. On parlait de cet Africain du reportage, puis « on » a glissé sur l’esthétisme, ensuite sur le sexuel… (bien sûr ! Si l’élève avait été français, je n’aurais certainement pas eu droit à cette conversation renversante) Les deux femmes disant « oh, moi je n’aimerais pas faire l’amour avec un noir »… les quatre hommes « ben vous avez tort parce qu’il paraît qu’ils sont bien montés »… et l’une des femmes racontant qu’elle avait flirté avec un noir et que ça l’avait dégoutée parce qu’elle avait l’impression d’être envahie par ces grosses lèvres et d’embrasser une limace.  Je me souviens avoir regretté de ne pas avoir de dictaphone pour enregistrer cette conversation à bâtons rompus… et de la transmettre à un journal de télé quelconque. Mais je me suis immédiatement doutée qu’on refuserait de me croire.

Il y a eu d’autres épisodes… mais laissez-moi quelques jours pour m’en souvenir…

Oui, voilà que me reviennent les épisodes « pauses déjeuner » ou « dîner post enregistrements d’une journée »… Souvent, en tout cas au début, nous prenions les repas ensemble. Le présentateur vedette n’avait alors pas encore digéré son éviction de la grand’messe du 20h (on dirait que la plus récente a encore plus de mal à passer tellement on le voit partout dans les media actuels) et avait besoin d’une petite « reconnaissance » de ses « pairs » ou de ses larbins (c’est selon). Il condescendait donc à se joindre à l’équipe de production et à ses collègues présentateurs pour le repas. Un soir, alors que nous étions déjà au restaurant et que nous attendions -toujours- la star des plateaux TV, il se fit attendre fort longtemps. Si longtemps que nous étions sur le point de craquer, la petite quinzaine de sous-fifres et de passer la commande au garçon. Nous venions de commander, désespérant le voir arriver, il arriva avec une jeune femme -sa maîtresse- « à l’air de petit chat mort-né » me glissa dans l’oreille l’ex de l’équipe de Jacques Martin, louchant avec envie sur la jeune fille (qui devait avoir dans les 25 ans de moins que notre « star »). Bien sûr, pas un seul mot d’excuse… Nous avons imaginé qu’il avait dû passer du temps à besogner Camille de… avant de nous rejoindre en sa compagnie. Il exhibait en tout cas sa conquête, lui toujours avec ce faux air de jeune homme humble (même maintenant qu’il est sexagénaire, cet air ne l’a pas quitté, le rendant à mes yeux plutôt pathétique), elle avec cet air de petite fille boudeuse. Je l’imaginais tout à fait récitant « le petit chat est mort… ».

Le couple a donc dîné avec nous et c’est au moment de payer l’addition que la pingrerie de Monsieur le présentateur vedette s’est montrée… (il la distillait au quotidien mais seuls les « balayeurs » en avaient pris conscience). Il a décidé qu’il invitait Camille, alors qu’en fait l’addition des repas avait été divisée en autant de parts moins la Julie. En fait, nous avons invité la donzelle du moment et payé son repas avec nos deniers. Détail d’importance : les journalistes avaient -et ont toujours- tous leurs frais de représentation remboursés par la boîte. J’aurais dû vérifier si notre star ne s’était pas emparée de l’addition avant de sortir, afin de se faire intégralement rembourser par l’administration. Je ne l’ai pas fait. Mais la chose est courante.

Autre détail : une des présentatrices a épousé, alors qu’elle travaillait encore, un marquis assez en vue dans les milieux de l’audiovisuel. Elle nous a annoncé son mariage avec quelque frémissements dans les épaules. Visiblement, elle était ravie de devenir marquise par alliance. N’allez pas croire qu’elle nous a invités… non ! On n’invite pas la valetaille à de telles noces. Cependant, nous avions noté, justement nous les « balayeurs » qu’elle était un peu plus présente que d’habitude, ce qui n’avait pas manqué de nous étonner. Un matin, de bonne heure, à mon arrivée dans le bureau, j’ai pu voir une montagne d’enveloppes dont les adresses étaient rédigées à la main. La main de la future mariée. Tous ses cartons d’annonce du mariage ont été expédiés aux destinataires aux frais de l’audiovisuel public. Eh, il n’y a pas de petites économies !

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